Les gagnants 2010

Les gagnants 2010

Sont ici

Sans titre (1er prix)

 

Vingt-cinq kilos, telle est la règle, et toute excentricité de poids allègera la bourse du voyageur au profit des compagnies aériennes. C’est maigre, vingt-cinq kilos, surtout pour transporter en terre étrangère le bagage de vingt ans d’existence : cela inclut le nécessaire, exclut le frivole et impose un choix qui déchire allègrement nos âmes pour peu que celles-ci soient vulnérables quant aux objets utiles ou totémiques ou allégoriquement significatifs. « Le Comte de Monte-Cristo » édition Pléiade, ou « La Sainte Bible » en processus de décomposition de notre défunte grand-maman chérie?

J’ai contemplé les nuits futures où seul le mal du pays me tiendrait compagnie. Quel ouvrage me réconforterait le plus? Au final, j’ai pris les deux et j’ai légué ma trousse de premiers soins à ma mère.

Parmi les choses pesant plus de vingt-cinq kilos et ne pouvant donc pas être amenées, il y a le fauteuil rose où j’ai embrassé mon premier copain, mon groupe d’amis, mes parents, même mon labrador Miguel. À tous, j’ai dit de ne pas venir me voir à l’aéroport pour éviter les adieux larmoyants qui pourraient me faire regretter cette Grande Quête d’Identité. Mensonge de ma part. Être seule, coincée entre familles et couples, avec leurs larmes et leurs ballons, ça me terrifie. Je voulais juste vérifier s’ils m’aimaient assez pour ne pas respecter mes volontés. Ils me respectent. J’essaie de sourire, un sourire plein d’espoir, de jeunesse, d’aventure, de confiance en la vie, rien à faire, ma tentative est sabotée par des spasmes incontrôlables et gênants.

Rien à déclarer, sinon que mon cœur pèse les vingt-cinq kilos à lui seul.

 

Premier Prix
Christelle Briand
Cégep Montmorency

Sans titre (2ème prix)

C’est maintenant ou jamais, me disais-je, ciseaux à la main. Si je ne le fais pas, je ne retrouverai pas le courage pour le faire, et je vais le regretter toute ma vie. Alors prenant une inspiration résignée, j’empoignai mes cheveux et les coupai. Courts, masculins, si courts que tu ne me reconnaîtras pas de dos. Puis je les regardai, dans ma main, morts, ces cheveux que tu adulais tant, que tu n’aurais jamais laissé couper, et me mis à pleurer, doucement, enfin. Comme tu m’aimais. Comme tu me trouvais belle, désirable, irrésistiblement féminine avec ces longs cheveux ondulants et brillants qui étaient les miens. Tu adorais tant glisser tes doigts dedans, pour ensuite les glisser sur ma peau, et ah! Si j’osais t’en empêcher! Personne ne comprenait mes longs vêtements, mes éternelles écharpes. Pour cacher les bleus, les brûlures, les traces de tes doigts sur ma gorge. Tu m’aimais tant que tu ne pouvais m’imaginer avec quelqu’un d’autre, et m’aurais préférée morte, mais avec toi. Toutes ces nuits passées à prier un dieu inexistant et sourd, et à chercher où tu cachais les couteaux et les ciseaux pour ne pas que je coupe cette crinière sacrée qu’était ma damnée chevelure. Maman ne voyait rien, n’entendait rien. Elle préférait tes mensonges à mes appels à l’aide. Aujourd’hui, tu n’es plus là, maman non plus, plus personne, juste moi, et ces fils blonds maudits, qui s’envolent de ma paume ouverte, au vent, au loin, avec toi et pour toujours.

 

Deuxième prix
Katiane Bérubé Mimeault
Collège champlain St-Lawrence
 
Les collèges hôtes
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